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Effet pygmalion inversé de la communication post coloniale PDF Imprimer Envoyer
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key.jpgL'Occident fondé sur les mythologies grecques nous apprend que Pygmalion, roi de Chypre célibataire misogyne, sculpta une statue dont il tomba amoureux. Il la nomme Galatée, l'habille et la pare richement. Follement épris de sa créature il demanda à la déesse Aphrodite de lui donner apparence humaine et vie. Pygmalion finit par épouser sa statue incarnée. Les deux filles nées de l'union de Pygmalion et de sa sculpture adorable eurent un comportement rebelle envers Aphrodite qui les châtia en allumant dans leur cœur le feu de l'impudicité. Elles finirent par perdre toute honte. Après avoir été ravalées en bêtes sexuelles sans retenues ni satiété elles ne trouvèrent le repos de leurs corps qu'après avoir été changées par Aphrodite en rochers. Des rocs arides sans coeurs, sans esprit, sans désirs autres que briser autrui...

L'aspect positif et édificateur du mythe nous montre que c'est par le regard sur l'autre que nous le sublimons ou le diabolisons selon que notre regard soit un regard d'amour qui fait d'un tronc d'arbre une femme belle et désirable ou que notre regard soit celui de l'ignorant ou du haineux qui transforme des fragments d'humanités blessés et humiliés en symboles de provocation, de diabolisation pour appeler le mépris et l'exclusion.

Le psychopédagogue américain Rosenthal reprenant à son compte les travaux du sociologue Robert Merton sur le mythe de pygmalion en tant qu'influence de l'attente sur le comportement, avait fait une expérience sur des rats et constaté que ceux qualifiés de « brillants » avaient donné deux fois plus de réponses correctes, dans un test de labyrinthe, que ceux désignés comme « stupides ». Il énonce sa découverte : « Si des animaux considérés comme plus brillants par leurs dresseurs devenaient effectivement plus brillants grâce aux préjugés favorables de ceux-ci, cela pouvait être vrai aussi pour les écoliers ». En manipulant les instituteurs de plusieurs écoles en leur livrant de faux tests psycho techniques et de fausses analyses du QI il a poussé les maîtres d'écoles à changer leur regard sur leurs élèves. Un an après les élèves désignés comme « aptes » repassent le test d'intelligence avec des résultats évalués réellement qui montrent le bond prodigieux que ces élèves ont fait dans leur capacité cognitive par le simple fait du bond prodigieux qu'ils ont auparavant fait dans le regard de leurs maîtres. En psychologie on appelle cet effet l'effet pygmalion positif car sur le plan éthique il a refusé de désigner à la stigmatisation des maitres des élèves qu'il aurait pu présenter comme cancres ou retardés mentaux.

Ceci dit je vous propose de lire un joli texte initialement intitulé « Halal est grand » et que j'ai rebaptisé effet « pygmalion inversé » pour montrer d'emblée la perversion que la malédiction du colonialisme introduit dans la perception de l'autre une fois le regard ethnocentriste et colonisateur a fait ses ravages dans la construction de la personnalité de ce que le colon appelle l'indigène. En lisant cet article digne des grands récits exotiques de l'Européen découvrant les colonies ou découvrant les indigènes montrés comme des bêtes dans l'exposition universelle de Paris vous allez comprendre par la preuve de l'absurde que la France n'a pas eu et n'a toujours pas vocation à civiliser les « incivilisés » car elle n'a pas de rayonnement civilisateur sur les autres tant dans les colonies que dans la métropole. Une fois lu le talent d'écriture au service de l'idéologie islamophobe de Bernadette Sauvaget dans son enquête parue à Libération du 08/01/2011 nous vous présenterons au-delà des clichés des carnets de voyage sur les colonies installées en Métropole l'autre malédiction qui lie l'indigène se croyant musulman au désintégrateur se croyant humaniste et ainsi on verrait les profondeurs sociologiques, psychologiques et historiques qui - au lieu de fabriquer l'excellence comme l'effet pygmalion positif - ont fabriqué par pygmalion inversé de la médiocrité et de l'infériorité dans le regard de deux maudits, le colonisé et le colonisateur, exclus de l'humanité mais unis jusqu'à la mort du colonisé ou du colonisateur permettant la renaissance du survivant en civilisateur pour civiliser le ressuscité et l'aimer comme un humain et non comme désir fantasmatique ou comme mythe symbolisant la punition des dieux de ceux qui cherchent à aimer ce qu'ils ont façonné de leur mains faute de posséder le cœur et le miroir qui rend le moi aimable à ses propres yeux et l'ipséité respectable à ces mêmes yeux libérés de la fascination de la fabulation et de la dérive démiurge laïque ou judéo-chrétienne qui se partagent deux dénominateurs communs : le monopole de l'humanisme et de la charité et la lutte idéologique contre l'Islam:Enquête « « Halal est grand »

Autour de la mosquée Omar, dans le XIe arrondissement de Paris, les enseignes islamiques rivalisent avec les bars branchés. Un commerce prospère dans un quartier populaire où cohabitent bobos, imams et femmes voilées.

Par de Bernadette Sauvaget - Libération

Source : http://www.liberation.fr/societe/01012312355-halal-est-grand

Son quartier, c'est un peu son théâtre. Abdelkader a la gouaille du titi parisien, un joyeux sens de la répartie. Nerveux, il ne tient guère en place, dévale, à grandes enjambées, la rue Jean-Pierre Timbaud, dans l'Est de Paris, salue la pharmacienne, les patrons de bistrots, ses copains artistes. «Ici, c'est mon aquarium. J'ai trouvé un quartier cosmopolite qui me correspond» , dit celui qui est né à Saint-Dizier (Haute-Marne), fils d'un ouvrier algérien. Des hauteurs de Belleville aux abords cossus du Marais, la rue Jean-Pierre Timbaud relie ce qui reste du Paris populaire au Paris bourgeois. Retenu par des barrières invisibles, Abdelkader ne s'aventure guère de ce côté-là. «Je n'ai besoin de rien d'autre», dit-il encore. Belleville est un monde, son monde.

Le vendredi en début d'après-midi, dès la fin de la grande prière à la mosquée Omar, une foule impressionnante, des hommes surtout, s'égaille. Faute de place, certains ont prié sur le trottoir. En face, un bar, le Fidèle (c'est bien son nom !), à la clientèle exclusivement masculine, ne sert pas d'alcool. L'imam a son appartement à l'étage. Rue Jean-Pierre Timbaud, il n'est pas rare de croiser des femmes portant le voile intégral. Des petits groupes d'hommes, barbus et vêtus du khamiss (une robe passée par-dessus le pantalon), entrent et sortent de la mosquée, arpentent la rue.

Abdelkader partage un atelier d'artistes, tout près de là, réalise des collages. A la Maison des métallos, ancien haut lieu du syndicalisme CGT devenu centre culturel, il y gagne un peu de quoi vivre. «Je suis à l'accueil et placier, raconte-t-il. J'aime ça car c'est moi qui ouvre la porte aux gens à l'entrée des spectacles. Tu peux le faire avec élégance ou pas !» Mais il n'a jamais mis les pieds à la mosquée même s'il a été sollicité. «Ils n'ont pas insisté», dit-il. Comme beaucoup d'habitants du quartier, Abdelkader ignore ou feint d'ignorer le business islamique qui prospère aux alentours, s'agace même si l'on insiste pour en parler, manière comme une autre de s'en accommoder.

Epilation et tatouages

Monique, elle, vit là depuis une trentaine d'années, avoue volontiers n'avoir jamais mis les pieds dans les boutiques islamiques qui jalonnent la rue Jean-Pierre Timbaud, débordent vers la rue Moret, remontent le boulevard de Belleville.

Ce coin de Paris attire une clientèle musulmane, adepte d'une sorte de «halal attitude» très en vogue, à la recherche de livres ou de vêtements islamiques, d'ordinateurs pour enfants qui permettent d'apprendre les rudiments du Coran, de produits de beauté garantis sans alcool, d'une pharmacopée inspirée des premiers temps de l'islam. Sur quelques centaines de mètres, dès la sortie du métro Couronnes, le quartier prend des allures de «territoire» islamique avec ses boucheries halal, ses librairies musulmanes, ses magasins de vêtements, une quarantaine d'enseignes, une concentration unique en France. Discret, protégé par de lourds rideaux, un institut de beauté «ethnique» a même récemment ouvert, proposant épilations et tatouages orientaux.

Le périmètre pourrait ressembler à un ghetto ou un territoire islamisé, de ceux qu'aimeraient dénicher et dénoncer l'extrême droite. La réalité est autre, plus complexe. L'étiquette de ghetto agace d'ailleurs singulièrement les habitants. «Ici, les populations se mélangent», réfute l'une des pharmaciennes de la rue. Ancien bastion artisan et industriel de Paris (cette histoire s'est achevée à la fin des années 60), vieux quartier d'immigration, Belleville demeure un lieu de diversité.«C'est un concentré de mondialisation. C'est pour cela que j'aime y vivre», plaide Jérôme. «La rue Jean-Pierre Timbaud est pleine de paradoxes», relève, pour sa part, Abdelhak Eddouk qui y fut libraire pendant vingt ans. Iman à Grigny et aumônier de prison à Fleury-Mérogis, il gagne surtout sa vie en supervisant des traductions pour les libraires éditeurs du quartier. Barbe finement taillée, costume sombre, Abdelhak Eddouk rend visite régulièrement à ses clients. «Dans la journée, le commerce musulman est florissant, poursuit-il. Le soir, c'est un autre public, celui qui fréquente les bars assez branchés. La transition s'opère sans problème.»

«Couronnes», comme sa clientèle musulmane appelle l'enclave commerciale, raconte surtout beaucoup de l'histoire de l'islam en France. Le business islamique y est né dans l'orbite de la mosquée Omar, située en face la Maison des métallos. Ancienne fabrique industrielle, le bâtiment au toit de tuiles est discret, sans minaret. Avec ses 1 200 places, c'est l'un des plus importants lieux de culte musulman à Paris.

Réislamiser les ouvriers

Au milieu des années 70, Mohammed Hammami, grâce à la générosité financière de commerçants tunisiens prospères du quartier, y a créé son fief. Le leader religieux tunisien, ancien ouvrier en bâtiment, est alors l'une des figures incontournables du mouvement Tabligh en France. Né au Pakistan dans les années 20, prosélyte et fondamentaliste, le Tabligh - très actif aujourd'hui dans les banlieues difficiles, souvent comparé aux Témoins de Jéhovah - a joué en France un rôle majeur dans la réislamisation des populations immigrées ou issues de l'émigration. Quand la mosquée Omar s'installe rue Jean-Pierre Timbaud, la priorité du mouvement est de réislamiser les populations d'ouvriers maghrébins qui vivent en Occident. Dans le quartier, il y a des âmes à sauver.

Par strates successives, l'immigration a, en effet, façonné Belleville, dessinant aussi, au fil des arrivées, une carte des territoires. Fuyant les pogroms, les juifs des pays de l'Est s'y installèrent au début du XXe siècle. Plus tard, la décolonisation amena une nouvelle diaspora juive, tunisienne cette fois-ci. Pour soutenir l'essor économique des Trente Glorieuses, les ouvriers maghrébins traversèrent la Méditerranée, arrivèrent, à leur tour, à Belleville. La diaspora chinoise, elle aussi fraîchement installée, concentrait, au même moment, sur quelques rues, un nombre impressionnant de restaurants asiatiques.

Autour de la mosquée Omar, les boucheries halal furent les premières à ouvrir, suivies par une petite poignée de librairies musulmanes. Animée et passante, la rue Jean-Pierre Timbaud a toujours eu une tradition commerçante. Couronnes devient aussi un des grands pôles cultuels musulmans de Paris ; boulevard de Belleville, le Tabligh possède en effet un autre lieu de culte, la mosquée Abou Bakr. «J'ai connu le quartier comme la plupart des musulmans qui viennent à Paris. Qu'est-ce que l'on cherche ? Un lieu pour prier, une boucherie pour acheter de la viande halal, des magasins pour certains produits», raconte Abdelhak Eddouk.

Mais pourquoi le commerce islamique a-t-il prospéré à cet endroit ? Pourquoi pas ailleurs dans Paris, comme à la Goutte d'or ou rue de Tanger, quartiers eux aussi d'immigration qui drainent, autour de leurs mosquées, une foule importante de musulmans pratiquants ? Est-ce la commodité des transports, la centralité du lieu ? Est-ce le poids idéologique du Tabligh qui prône un retour aux fondements de l'islam, une distance par rapport aux valeurs occidentales ? Nul ne sait ou n'a encore trouvé de réponse définitive. Quoi qu'il en soit, Hervé Terrel, spécialiste de l'islam en France, remarque, dans l'une des rares études consacrées à la rue Jean-Pierre Timbaud, que les premiers commerçants de l'enclave islamique se situaient dans la mouvance religieuse du Tabligh.De l'exil à l'import-export

Rue Jean-Pierre Timbaud, les années 90 marquent un tournant. La présence de l'islam s'y affirme. «Cela s'est développé assez vite, se souvient la pharmacienne. Quand les commerçants partaient à la retraite, ils vendaient, et une enseigne islamique prenait la place.» Les librairies musulmanes commencent à se multiplier. Pour répondre à de nouveaux besoins ? Au même moment, les réseaux de l'intellectuel Tariq Ramadan se mettent en place, influents auprès des générations issues de l'immigration, nouvelles cibles de la réislamisation. L'Union des organisations islamiques de France - UOIF, proche des Frères musulmans et fondée par des étudiants marocains ou tunisiens venus terminer leurs études en France - monte en puissance tandis que les affaires de voile éclatent dans les établissements scolaires. Le livre devient un instrument de la réislamisation des deuxième et troisième générations, instruites par les écoles de la République et contestant l'islam traditionnel de leurs parents.

L'époque est aussi politiquement sulfureuse. La révolution iranienne et la première guerre du Golfe ont tendu les relations entre l'Occident et les pays musulmans. L'islamisme politique gagne du terrain et l'Algérie bascule dans la guerre civile. Exilés, des militants islamistes algériens et tunisiens trouvent refuge rue Jean-Pierre Timbaud. Ils y ouvrent des librairies, des affaires d'import-export ou des agences de voyage pour organiser le grand pèlerinage à La Mecque. Malgré elle, semble-t-il, la mosquée Omar est aspirée dans la tourmente. Quelques terroristes, comme Boualem Bensaïd impliqué dans les attentats de 1995 à Paris, fréquentent le lieu de culte. Une poignée de jeunes fidèles ira aussi s'enrôler, à l'étranger, dans les maquis islamistes.

Dans ces affaires-là, rien, de l'avis d'un ancien inspecteur des renseignements généraux, n'a jamais pu être retenu contre le prudent Mohamed Hammami. Le vieux «cheikh» a désormais passé la main à son fils Hamadi qui gère la mosquée. Lui vit retiré dans un château en Seine-et-Marne à Grisy-Suines, où il a essayé d'établir, sans succès, une école coranique. Malgré tout, la réputation de la mosquée Omar ne s'est pas relevée de ces troubles affaires. Méfiants et las, ses responsables se retranchent aujourd'hui dans le silence.

Rue Jean-Pierre Timbaud, aujourd'hui, la parenthèse de l'islamisme politique est, semble-t-il, refermée. Beaucoup de commerces ont changé de main, d'autres ont ouvert. Du business, rien que du business, assure-t-on ; une mosaïque de commerçants indépendants, concurrents entre eux. Est-ce le souvenir des périodes troublées ? Est-ce la crainte de participer, d'une manière ou d'une autre, à une stigmatisation de l'islam à l'heure où l'extrême droite, à travers toute l'Europe, et Marine Le Pen, en France, font de la présence musulmane et de la peur de l'islamisation, un enjeu électoral ? Pour vivre heureux et prospère, faut-il vivre caché ? A Couronnes, le petit monde du commerce islamique n'aime guère se raconter, voire cultive habilement l'art de parler pour ne rien dire.

A la radicalité politique des années 90 a succédé la radicalité du mode de vie. Couronnes suit le mouvement et l'amplifie. «Les commerçants de la rue Jean-Pierre Timbaud répondent à la demande de leur clientèle», soutient Abdelhak Eddouk, l'ex-libraire. La halal attitude a pris d'assaut la garde-robe, investi la salle de bain, gagné l'armoire à pharmacie. Les années 2000 ont vu fleurir, à Couronnes, les boutiques de vêtements. Zeina, l'un des plus imposants magasins du quartier, y a ouvert en 2004. A l'intérieur, deux femmes voilées accueillent la clientèle. La gamme vestimentaire est plus étendue que dans les autres boutiques de la rue, et aux articles islamiquement corrects se mêlent d'autres plus ethniques, comme les traditionnelles djellabas.

Tapis de prière avec boussole

Les librairies ont su, elles, diversifier leur offre, confinant au bazar. «Personne ne pourrait plus vivre en vendant seulement des livres», plaide Abdelouabab Bajou, le patron de la librairie Al-Azhar, l'une des plus anciennes de la rue Jean-Pierre Timbaud. Chacun propose une gamme large de produits pour satisfaire une clientèle pieuse et... consumériste. Le tapis de prière s'est modernisé, intégrant la boussole pour se tourner correctement vers La Mecque ; aux heures rituelles, le téléphone portable appelle à la prière ; le MP3 psalmodie le Coran en une quantité incroyable de langues. Des produits fabriqués, la plupart du temps, en Chine, alliant nouvelles technologies et marketing religieux.

A Couronnes, on peut aussi dénicher des bouteilles d'eau Zam Zam, importées d'Arabie Saoudite, tirées à une source miraculeuse de La Mecque et dont les vertus s'apparentent à celles de l'eau de Lourdes. Dans les rayons aussi des librairies-bazars, le dentifrice au siwak (une plante qu'on trouve aux alentours de La Mecque), provenant de Malaisie ou d'Arabie Saoudite, succédané modernisé du bâton de siwak utilisé par le Prophète et ses compagnons. La halal attitude surfe aussi sur la vague des produits naturels. Base d'une sorte de médecine coranique, la graine de nigelle, elle aussi recommandée par un hadith (une parole rapportée) du Prophète et réputée soulager les maux les plus divers, se décline en poudre ou huile essentielle. Pour les enfants, les plus orthodoxes peuvent acheter des bonbons halal, garantis sans ingrédients à base de porc. Excessif ? Abdelhak Eddouk le pense. «J'ai même vu des blousons en cuir garantis, eux aussi, halal», s'agace-t-il.

Avec trois amies, cet après-midi-là, Sana, étudiante en biochimie et en biologie à la faculté d'Orsay, flâne après ses cours, dans les boutiques islamiques de la rue Jean-Pierre Timbaud, un peu comme d'autres iraient faire les grands magasins. Récemment, elle a décidé de porter le voile. «C'est un prêche de l'imam de ma mosquée en Seine-et-Marne qui m'a fait franchir le pas, livre-t-elle. Il pleurait et s'excusait de n'avoir pas suffisamment défendu les femmes musulmanes contre la loi sur le voile intégral.» Elle connaît bien Couronnes. «J'y suis déjà venue acheter des livres», dit-elle. Cette fois-ci, Sana cherche quelques voiles à assortir avec ses vêtements. «On en trouve sur les marchés, poursuit-elle. Mais ici, il y a plus de choix.» Quelques magasins proposent même le niqab, le voile intégral de la péninsule arabique, au prix de 10 euros.

Infirmière en réanimation, Adeline, elle, tente de trouver un DVD d'une récitation du Coran par un cheikh koweïtien très réputé. Voilée et revêtue d'une abaya noire (robe qui descend jusqu'aux pieds), elle parcourt les librairies de Couronnes car sa recherche est très pointue. Née dans une famille agnostique franco-portugaise, elle raconte s'être convertie seule à l'islam, en lisant des livres, au terme d'une longue quête spirituelle. «Pour mes parents, explique-t-elle, c'est lorsque j'ai décidé de porter le voile que cela a été difficile à accepter.» Brillante étudiante en médecine, mariée à un musulman, elle a abandonné ses études en troisième année. «J'avais d'autres priorités», se borne-t-elle à expliquer. A l'avenir, elle envisage de s'installer comme infirmière libérale pour mieux conjuguer sa foi et son mode de vie.

Tractation sans essayage

La clientèle qui fréquente Couronnes ressemble beaucoup à Sana et à Adeline. Peu habitent le quartier, comme les fidèles qui se rendent dans les deux mosquées du Tabligh. En fin de semaine, les jeunes couples et les familles y déambulent, venant de toute la région parisienne, voire de plus loin. Quelques femmes en niqab glissent furtivement d'un magasin à l'autre avant de regagner, au pas de charge, le métro ou leur voiture. Ces deux-là habitent les Yvelines, voyagent en transports en commun, disent n'avoir jamais été inquiétées depuis le vote de la loi qui interdit le port en public du voile intégral. Rue Jean-Pierre Timbaud, elles ont acheté un jilbeb, l'un des «must have» de la garde-robe islamique, un deux-pièces, cape pour le haut enserrant le visage et descendant jusqu'aux genoux, ample jupe longue pour le bas. La transaction été rapide, sans essayage.

Le magasin El Bassira est très réputé parmi les musulmanes orthodoxes pour les jilbeb. La marchandise, comme beaucoup de vêtements islamiques, est importée de Syrie. «Plus on tape sur l'islam et plus mon magasin se remplit», se réjouit, un brin provocant, le maître des lieux. Etonnamment, c'est un homme. Mais son look islamiquement correct, longue barbe et khamiss est rassurant pour les clientes.

Rue Jean-Pierre Timbaud, cette allure-là est familière. D'apparence tolérante et paisible, le quartier a, malgré tout, ses règles implicites. Pas de rixes dans les bars, vite contrôlées par quelques «barbus». On n'y rit pas non plus avec le look islamique. Quand un artiste photographe a tenté la «performance» loufoque de sortir en burqa, un verre de bière de la main, la plaisanterie fut de courte durée.

Ces règles implicites ont fini par peser sur Sophie, une comédienne qui a vécu là pendant cinq ans. Elle a récemment déménagé. «C'est un quartier bobo et populaire et je cherchais un univers qui me correspondait, raconte-t-elle. Au départ, je n'ai pas vu ce que je vois aujourd'hui. Rue Jean-Pierre Timbaud, le regard est essentiellement masculin, jugeant si tu es habillée de manière profane, occidentale. L'un des commerçants musulmans m'a dit un jourque j'irai en enfer car nous n'avions pas le même Dieu.»

Voilée et vêtue d'un jilbeb, une jeune femme musulmane confie, elle,, s'y sentir à l'aise. «Ce n'est pas comme dans les transports en commun ou ailleurs, dit-elle. Là, je passe inaperçue, comme quelqu'un de normal.»

«Nous faisons de la résistance !»

Pour le commerce islamique, Couronnes continue d'être attractif. Les éditions musulmanes Al Bouraq, parmi les plus importantes du secteur en France y ont implanté en avril 2009 une librairie, leur deuxième à Paris. «C'est un lieu où il faut être, une vitrine indispensable pour une activité comme la nôtre», explique Wissam Nadour, l'un des patrons de la maison d'édition fondée il y a une quinzaine d'années par une famille libanaise. Pour s'installer rue Jean-Pierre Timbaud, Wissam Nadour a dû être patient ; les opportunités commerciales y sont rares.

S'il faut être là, c'est que Couronnes, comme l'explique l'éditeur, est une plaque tournante, fournissant les autres points de vente à travers toute la France. Le développement de ce commerce islamique signe, à sa manière, la communautarisation d'une frange de la population musulmane qui, par son mode de vie, conteste les valeurs et les mœurs occidentales. Même si elle est visible et active, cette frange demeure minoritaire. Grosso modo, les mouvements très fondamentalistes, comme le salafisme et le tabligh, toucheraient, en France, entre 200 000 à 300 000 personnes, soit 15 à 20 % des musulmans pratiquants.

«Ici, nous faisons de la résistance», lance Abdelkader. Au fondamentalisme, à la communautarisation ? Non, à la «boboïsation» ! «Ce qui nous préserve, c'est peut-être la mosquée», poursuit-il. Aux alentours, les bars et les restaurants branchés ont déjà lancé leur assaut. Depuis une quinzaine d'années, la rue Oberkampf, parallèle et voisine, est un haut lieu des nuits parisiennes. Le commerce islamique pourrait-il perdurer là sans la présence de la mosquée Omar ? A l'étroit dans ses murs, elle s'est déjà vu refuser un permis de construire pour édifier un étage supplémentaire. Elle aurait d'autres projets : raser et reconstruire. Mais, pour le moment, ce secret-là est bien gardé...

A suivre pour lever le secret bien gardé de l'intégration et de l'assimilation qui ont désintégré les Musulmans mis sous la coupe d'un ethnocentrisme qui n'a pas la vocation de civiliser mais de désintégrer tant le colonisable qui se plie que l'homme libre qui refuse d'être colonisé.

Omar MAZRI

Source : http://liberation-opprimes.net/index.php?option=com_content&view=article&id=817:effet-pygmalion-inverse-de-la-communication-coloniale-partie-1

 

 
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